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Une lettre de Bruxelles · 25.02.05


Bruxelles, le 23 février 2005

Salut à vous tous, camarades de la Conspiration Dépressionniste,

J’espère que la vie se porte bien de votre côté du monde.

Je lis avec intérêt vos correspondances et vos inepties, que je reçois maintenant sous forme groupée. Je dois avouer être enthousiasmé par vos détails sur la vie organisationnelle du groupe, qui me manque certainement. Je viens tout juste de me re-connecter au www : tout ça explique mon silence prolongé.

Je suis maintenant en Belgique, pays qui sait séduire autant que dépayser. Bruxelles est une ville en quelque sorte aussi laide que belle : elle est tout ce que l’on aime aujourd’hui. Mon quartier est un chaos architectural où co-existe des bâtiments et des styles de vie dont les contradictions, en apparence insolubles, viennent former une sorte d‘égrégore urbain. J’y marche beaucoup, tous les jours.

Ariane n’est plus en chômage, maintenant, elle se dévêtit voluptueusement : je l’ai rencontrée au coin d’une rue, près des Portes de Namur. Elle était complètement nue et je ne m’en étonnai pas. Elle s’approcha d’un réverbère dont la lumière tombant de haut en bas faisait de son corps à des places telles que sous son menton, sous ses seins et sous son ventre des zones d’ombre d’une richesse géographique analogue à celles de l’espace environnant. Je pouvais allonger la main et sentir le grain de sa réalité.

Je crois avoir cerné quelques libraires indépendants, au centre-ville, qui pourraient distribuer les diverses livraisons de notre revue. Je compte également, au mois de mars, descendre vers Paris afin d’y boire un coup et tiens, pour déposer à quelques endroits nos feuilles de chou. Bien sûr, je compte sur l’un de vous pour m’envoyer – le plus tôt sera le mieux – un colis contenant quelques copies de chacune de nos parutions. L’internationalisation graduelle de nos idées, tel un virulent anticorps, est la prochaine étape logique : bientôt, les traitement de texte ne souligneront plus en rouge ce mot Dépressionisme pourtant vécu a tous les jours. Comme vous le savez, cette impossibilité où se trouve l’analyste de réduire à un système de concepts logiques ou mesurables notre lutte contre le Dépressionnisme est peut-être d’ailleurs ce qui contribue le plus à notre campagne hygiénique de refus.

Mon observatoire est située au : Avenue Georges Bergmann 134, 4ème, 1050, Bruxelles, Belgique. J’attends de vos nouvelles et un colis le plus tôt possible.

J’aimerais faire la page couverture du prochain numéro. Sera-il consacré au Reflux Global ?

Je tiens par le fait même à annoncer la naissance d’une nouvelle parution de mon crû intitulée ETC, qui sera consacrée aux images influentielles et à la généralisation de ces trois lettres qui laisse planer un flou discursif qui confère, de ce fait, une « certaine intelligence » à l’auteur. La page couverture est une page de bottin téléphonique sur laquelle apparaît mon nom, mon adresse et mon numéro de téléphone. Ainsi, facile de me rejoindre à Québec, même si je n’y suis pas. Je compte constituer quelques numéros, de couleurs différentes, que je vous ferai parvenir par voie postale. Un blog ne saurait tarder non plus – vous pourrez l’ajouter à Lève ta Jupe, notre carrefour virtuel des délires et des inanités.

Je dois avouer être dans une impasse par rapport à la vie – ou devrais-je dire la survie – de Pictogram(me). J’ai l’impression d’avoir atteint les quelques modestes jalons que je m‘étais moi-même fixés : générer un certain enthousiasme pour la publication indépendante; par ce qui est beau et donc qu’il faut détruire; pour ce qui se déroule à Québec; pour partager, ne serais-ce un peu, de mon intérêt pour certaines musiques ou « arts ». Cette phase de mon activité est je crois révolue : ainsi, devant les intérêts de plus en plus divergents des membres fondateurs, me retrouvera-on bientôt, ailleurs.

Il faut répondre, dans le prochain numéro, aux artistes contemporains, aux mauvais journalistes et aux devoirs. Je tiens très vivement que ce texte s‘écrive COLLECTIVEMENT, comme nos doux ravages. Je vous envoie bientôt un premier paragraphe, et quelques idées, que je vous demanderais de corriger, d’annoter et de poursuivre avec toute l’ampleur, la longueur et la largeur qu’ils mériteront. Je finaliserai le puzzle lorsqu’il sera plus ou moins complété.

Le petit et mauvais ciné-poëme félin que j’ai fignolé en toute hâte durant le temps des fêtes – que vous avez par ailleurs snobé d’une façon tout à fait admirable lors de nos déboires hivernaux – sera présenté le mois prochain au Cinéma Nova, à Bruxelles. Je vous tiendrai au courant du déroulement de la projection, qui risque de laisser la salle sombre pour quelques instants.

Dans le cadre d’un cycle de conférence à l’Université Libre sur « l’avenir de l’athéisme » – thème qui aurait plu à vous tous, mes amis épicuriens, tout particulièrement à l’animateur du Front Onaniste, qui déplore avec on ne peut plus de bruit(s) les recrudescences obscurantistes religieuses – j’ai pu voir, en chair et en os, dans toute sa matérialité phénoménale et immanente, le Prof. Michel Onfray. Un débat intéressant, où toute la faune bigarrée de Bruxelles s’y est retrouvé, et où chacun y a tiré son compte (ou pas), tout particulièrement ces têtes blanches et ces dames en fourrures aux fesses rougies par le temps (et, disons-le, par les coups de leurs maris et de leurs petits copains échangistes, eux aussi adeptes des liens électifs-élitistes et de la lecture de Diogène et de Sappho). Certaines de ces femmes semblaient toutes droit sortie d’une toile d’Egon Schiele. Une odeur de parfum mélangé planait au-dessus de l’agora. Cette conférence avait quelque chose pour ravigoter toutes les sexualités, aussi déclinantes soient-elles : « le corps n’est pas le problème, mais la solution! », dixit le Philosophe français, professeur à Caen, dont les livres, un jour, j’en suis un peu trop certain, finiront – comme ceux de tant d’autres « médiatiques » – dans les bacs du Colisée du Livre. Tout droit de l’Agora au Colisée. Morale de l’histoire : arrêtez, comme Sade, d’avoir besoin de Dieu ne serait-ce que pour l’insulter, et passez au stade « post-chrétien », la prochaine étape, espère-t-il, de l‘épistémè occidental.

Relisez Feuerbach! Illuminez votre vie d’une lumière médicale qui ne laisse d’ombres confusionnelles! Niez l’existence historique de Jésus! Prenez et mangez en tous.

Le clou de la soirée : dans la salle, on pouvait voir une femme frisée, à la moue boudeuse, portant un chandail affirmant avec une conviction toute attendrissante : « There is no God ». J’ai vu cette même femme lors de l’une des manifestations contre Bouche, qui est par ailleurs encore dans les parages.

Je vous fait à tous des clins d’oeil, camarades : mes salutations périodiques des éléments.

À Mathieu pour sa polyphonie polissonne,
À Alexandre pour sa pilosité visible,
À Phil pour ses souliers bruns et ses faveurs obtenues,
À Jasmin pour sa petite gauloise,
À Greg pour ses limes et ses ports USB,
À Aimé pour son onanisme de combat,
À Simon-Pierre pour les vitres cassées,
À Machine pour son affiche,
À Isabelle parce qu’elle est belle.

J’effectivement,

N*P

P.S. 1 : Du dépressionnisme belge à quelques pas de chez moi – image en attachement.

P.S. 2: Simon-Pierre : as-tu changé d’adresse ou celle sur 411.ca est toujours bonne ? De plus, j’ai réussi à mettre la main sur quelques documents intéressants, en particulier, quelques textes de Nougé, que tu as sans doute, mais qui restent malgré tout lumineux. La cinémathèque a également présenté un film de Mariën, que je n’ai malheureusement pu voir : je vais aller me le projeter en privé, en plus de Critique de la Séparation, d’ici les prochaines semaines. On s’en reparlera, si tu veux bien.





 
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