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Ottawa Librairie du Soleil Clément Morin
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Un esti de trou · 2.02.07
N’empêche, certains accumulaient déjà du capital politique sur l’affaire, et pour respecter l’ordre habituel, Mario Dumont fut le premier. Convergence oblige, TVA a cru bon d’interrompre sa programmation régulière pour présenter une émission spéciale sur le sujet, où les signes disaient déjà beaucoup sur le fossé qui se creuse : trois laïques de souche contre trois religieux, dont un juif boudiné et un musulman enturbanné (cliquez sur le lien pour voir leurs sales têtes). Ces derniers n’ont pas dû être impressionnés par la teneur intellectuelle de leurs voisins d’en face, qui incluaient Denise Bombardier et Richard Martineau. La même semaine, Bernard Landry expliquait à un imam sur les ondes de Radio-Canada qu’il était désormais “chez nous” et qu’il devait désormais faire “comme nous”, frappant d’inanité, s’il était encore besoin d’en faire la preuve, la prétention à un nationalisme civique de son parti, alors qu’il n’a jamais relevé que de l’ethnicisme. On notera l’importance des “sondages” dans ce débat, venant écraser toute autre forme d’argumentation, notamment philosophique, d’autant plus que, par exemple, l‘émission de Paul Arcand n’arrivait pas, pendant deux heures, à fournir un échange argumentaire dépassant le binôme question/réponse, les neufs panélistes, le sondeur, la journaliste et le public s‘échangeant constamment le micro. Et ces sondages, ou leur interprétation, arrivent à peu près systématiquement à constater un consensus: 59% se disent racistes, 83% sont contre les accommodements, ou encore on démontre que les communautés culturelles pensent la même chose que l’ensemble des Québécois sur ce sujet. Dans un pareil cas, continuer à débattre revient à taper sur un clou déjà enfoncé, ce que la classe politique et médiatique semblent toutes disposées à faire, tant qu’il y aura une vente ou un vote à gagner. Dans le genre, la totale vient de se produire dans la municipalité d’Hérouxville, qui vient d’adopter un code de conduite pour immigrants qui en dit long sur la balourdise et l‘étroitesse d’esprit de ses commettants. L’affaire étant sortie dans tous les médias nationaux, il convient seulement de relever, dans l’avis public publié par la municipalité, qu’elle entend elle aussi fonder son action sur un sondage, dont les résultats nous rappellent la belle époque des élections sous Saddam Hussein. Défendons ici les répondants : mis en face de questions telles “Accepteriez-vous que les enfants portent des armes à l’école?” ou encore “Accepteriez-vous que l’on enlève le droit de vote aux femmes?”, leur principale interrogation fut probablement relative aux motivations implicites du sondeur… Elles sont disponibles juste après sous la forme d’un guide des us et coutumes aux éventuels immigrants. On y lit notamment:
S’imaginant peut-être que les immigrants, eux, trouvent normal qu’un bled supposé les accueillir prenne la peine de mentionner de telles choses. Mais ce qui est réellement merveilleux dans ce document, c’est de constater que les exemples, loins de provenir d’une réelle cohabitation avec des néo-Québécois, sont tous tirés de l’actualité médiatique, celle-là même qui n’en finit plus d‘étirer la sauce à de fins bassement mercantiles. En effet, le village ne connaît à peu près pas l’immigration, comme en témoigne cette mère : “Quand j’ai fait une demande d’adoption et que j’ai su que ça allait être un petit Haïtien, ça s’est rapidement su. Le lendemain de l’arrivée de Samuel, je l’ai installé sur le comptoir de l‘épicerie que possédait mon père et tout le village a défilé pour venir le voir. Les gens étaient curieux et c’est normal.” Alors, cette peur de l’autre ne peut être qu’alimentée par les délires sur les vitrines de salles de conditionnement, les kirpans, Noël et les salles d’accouchement, bref de ce qu’on nomme ailleurs l’aliénation. Voyez plutôt :
Enfin, la totale
Changer des coutumes par référendum, il fallait y penser. Si jamais les enfants se fourraient dans la tête l’idée de demander au boucher d’où vient le gigot, par exemple. Outre le style “débile mental” du texte, qu’on qualifiait à une autre époque de “petit nègre”, et le pittoresque de voir les conseillers répéter partout où c’est possible qu’ils sont “démocratiquement élus”, maladroite entreprise de légitimation, ce qu’il faut noter de ce cas est encore la débordante unanimité. Il faut absolument lire les centaines de messages reproduits sur la même page et qui ne sont que bravos, félicitations et encouragements. Lorsque survient un rare point de vue discordant, signé David Mallarmé, on précise qu’il provient d’une adresse de courriel française! Autrement, les messages sont conformes au discours omniprésent : nous sommes chez nous, qu’ils fassent comme chez nous, s’ils sont pas contents qu’ils s’en aillent, qu’ils s’en aillent, qu’ils s’en aillent. Parce que l’option B n’est jamais voilée mais au contraire appuyée. Ou au mieux elle reste en suspension dans le fameux mais de l’expresion : je suis pas raciste, mais… Il toujours été dans l’intérêt de la classe politique de créer un “nous” collectif, la plupart du temps fantasmé autour de l’ethnie. Les enjeux politiques sont d’autant plus simples à manipuler quand il n’y a que deux pôles d’intérêt bien identifiables : eux et nous, en l’occurence. Pas besoin de recourir à la science, à la philosophie, ni même à des choix qui impliqueraient des compromis. Imaginons deux instants que TVA interrompe sa programmation pour parler des changements climatiques, et donne la parole au public à savoir si on doit développer les sables bitumineux… Impossible pout toutes sortes de raisons, notamment qu’on ne s’attaque pas au pouvoir économique et qu’on ne débat pas de choses qui ne font pas consensus. Dans le cas qui nous occuppe, la démagogie encouragée à coup de vox pop et de positions politiques fait glisser lentement l’esprit de l‘époque vers le racisme. D’ailleurs, un policier vient d‘écrire une chanson rapidement diffusée sur internet qui nous rassure sur l’arrimage entre le législateur et son bras armé : Vos accommodements raisonnables
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