Tel qu'entendu à Radio-Canada!
la confiance en soi (étude commandée par Philippe V)
Une autre lettre (non-publiée) à Impact Campus
6 Nov 2008
Bonjour F.X Uhr!
Ayant envoyé un exemplaire de Québec, ville dépressionniste à la forteresse municipale de la vengeance, je préfère ici garder l’anonymat. J’ai pu, au cours d’un prolixe entretien avec un conseiller de Régis « c’est-vrai-que-ma-ville-est-belle» Labeaume, avancer l’idée de faisabilité d’une autoroute qui, depuis Ste-Foy-les mines basses, emjamberait le quartier Montcalm-plat et ce, jusqu‘à la merveilleuse baie(tons) de Beauport.
Visiblement intéressé, il m’a demandé, avec la plus grande déférence, s’il m‘était possible de monter un comité consultatif…
Sincèrement, j’aurais souhaité qu’il se payât ma tête puisqu’un navet accompli devrait normalement entraîner une action opposée. Cependant, en contexte dépressionniste généralisé, lorsque l’on étale la galette, les scrupules s’estompent…(voir la barrière «tout-va-pour-le-mieux» du pont Jacques Cartier)
Je vous laisse sur cette déclaration fracassante de Grant Wreckage Tower, président du conseil d’urbanisme de Doetown.
«Nous n’avons pas à y réfléchir, nous n’avons qu‘à y croire. Fermons les yeux et avançons»
dépressivement vôtre et proficiat pour votre collectif!
Mariezig!
25 Oct 2008
Parfois des gens remplis d’optimisme, nous demandent des explications publiques quand on ose affirmer que le Québec est une province de Ti-counes. Pourtant, la réalité de cette affirmation nous apparaît en pleine face chaque fois que l’on ouvre nos quotidiens plates, la radio d‘État, TVA ou les sites de nouvelles sur Internet.
Un des principaux furoncles de la maladie mentale des Québécois est cette véritable fascination pour les vedettes américaines sans envergure qui viennent fouler le sol québécois de leur orteil grossier. Il suffit en fait que n’importe quel clown de la machine hollywoodienne vienne montrer son cul sur les pentes de Tremblant ou tirer des oiseaux à Anticosti pour que la horde de journalistes compétents utilise du temps réservé à l’information pour nous révéler ce fait. On le raconte avec tant d’excitation qu’on pourrait croire qu’ils assistent chaque semaine à quelque chose du type de l’invasion britannique. La question qui se pose automatiquement à tout individu normalement constitué est : les médias nous prennent-ils vraiment tous pour des dégénérés mentaux?
Il y a quelque temps, des fans et des journalistes en délire s’étaient réunis devant un hôtel du Vieux-Montréal, afin d’apercevoir la starlette Paris Hilton qui y logeait. Comme si on ne s’en calissait pas, la vedette américaine avait déclaré qu’elle aimait Montréal, avant de s’engloutir dans un véhicule utilitaire sport et de se diriger vers une boîte de nuit, 100 mètres plus loin, où elle devait agir en tant qu’hôtesse. Selon nos professionnels de la presse canadienne, 500 personnes auraient attendu l’andouille américaine devant le Tribe Hyperclub qui l’avait embauchée à cette occasion pour faire le bibelot de service (en échange d’un salaire tournant autour de 80 000$), permettant ainsi au club d’obtenir de la visibilité auprès du jet-set international.
Et puis, Paris est revenue récemment hanter Montréal pour confirmer une fois de plus notre bêtise hadale. Elle faisait cette fois acte de présence dans une boutique de la rue Ste-Catherine dans le but de publiciser la sortie de sa nouvelle collection de chaussures. Il a été dit par nos esclaves-du-fait-quelconque que les admirateurs « hurlaient de manière hystérique ». Il semblerait que certains des Québécois (qui comptent sans doute parmi les plus avisés de la province) étaient sur les lieux depuis cinq heures du matin à attendre que la blondasse la plus stupide au sud du pôle Nord leur apparaisse comme la sainte vierge, déviergée il va sans dire. Le pire est que des journalistes compétents ont disserté sur le fait que des fans avaient amené leurs chiens semblables au Tinkerbell de l’héritière de papa Hilton. Comme dirait la grosse tarte à Bombardier : Ouf !
Cette semaine, ce fut le tour de Halle Berry de servir de veau d’or. Quand bien même elle aurait paradé dans quelques navets américains, qu’elle ait un chum d’origine québécoise ou qu’elle croit avec conviction que la beauté est intérieure, qui d’autre qu’Anne-Marie Losique et les amatrices épaisses de Sex And the City intéresse-t-elle vraiment? Le fait que cet événement insignifiant monopolise plus qu’un dixième de seconde l’attention des journalistes témoigne à quel point de nos jours, le contenu journalistique est rendu loin dans sa régression vers l‘époque Néandertal.
Le point est que ces quelques faits attestent du niveau objectif d’inintéressance de notre culture médiatique. Au service du banal totalitaire, ce type de journalisme people remâche du fait divers à en rendre malade Aesculapius. Doublée de l’incontinence des Québécois à chaque débarquement d’étoiles américaines, cette désinformation atteste de l’appétit du peuple pour tout ce qui l’infantilise.
9 Oct 2008
Les membre de La Conspiration dépressionniste ont été consternés d’apprendre aujourd’hui que Montréal allait fort probablement perdre son Grand Prix de Formule 1. La tristesse ressentie est telle que nous nous sommes dit que c‘était l’occasion de proposer une solution de rechange à cette tragique perte.
La question qui demeure entière est : comment trouver un événement qui regroupe autant de sensations cool et qui puissent donner la même expérience esthétique aux Montréalais que la Formule 1 ?
On a beau y penser, c’est presque impossible de créer un événement comparable qui atteigne, jusque dans ses moindres détails, un tel niveau de perfection en matière dépressionniste. On parle ici de milliers de mononc-packtés s’a Monson Dry, qui ont consciemment accepté de débourser une somme exorbitante pour tenter de voir passer une dizaine de bourgeois-finis dans des carapaces de tôle qui roulent à plus de 300 km/h et dont la seule caractéristique consiste à faire plus de bruit qu’on en aurait besoin pour déboucher les oreilles de tous les sourds de la grande région métropolitaine. Ce moment grandiose est agrémenté d’une mise en scène grotesque de plusieurs centaines de matantes en devenir qui s’exhibent volontairement l’arrière-train dans le seul but d’augmenter le chiffre d’affaires du jour de la compagnie Molson. Finalement, quand un de ceux que l’on nomme pilote termine premier grâce à son moteur (donc à la technologie et au mieux, au talent des ingénieurs de la compagnie pour laquelle il travaille), il monte sur un podium pour se câlisser un Mathusalem complet de Champagne dans face en se félicitant d‘être un bourgeois-fini qui a les moyen de pratiquer ce que des gens osent nommer un sport. Le tout sur fond encore plus bruyant d’une foule hébétée qui projette dans ce spectacle l’illusion d‘être autre chose que de minables consommateurs qui ne peuvent jamais dépasser 130 km/h sur la 20 à cause de la police pis de l‘état des routes.
Nous y avons songé fortement et avons finalement trouvé une solution des plus révolutionnaires pour combler le besoin qu’ont les gens de regarder passer les chars. Il suffirait simplement d’installer quelques plates-formes autoportantes, juxtaposées à l’Autoroute Métropolitain sur lesquelles on y aménagerait des chaises pliantes. Le tout serait accessible par des escaliers hélicoïdaux parsemés un peu partout sur les bords de l’autoroute du centre-ville. Sur les buildings environnants désertés, on pourrait y faire des projections géantes de la suite du parcours des voitures jusqu‘à leur sortie de l‘île. On pourrait même demander aux danseuses de chez Paré ou aux filles d’Occupation Double de venir parader dans un char allégorique une fois de temps en temps. Bien entendu, l’entreprise privée aurait sa place dans le projet, et les grandes brasseries canadiennes pourraient vendre leur camelote directement sur le site à la seule condition qu’ils embauchent des jeunes de Montréal Nord afin de les aider à se réinsérer socialement grâce à l‘éthique du travail. L’avantage de cette idée est qu’au lieu d’avoir seulement UN Grand prix de Formule 1 à Montréal par année, qui encombre la ville (et la rue Crescent) de ses inconditionnels, nous pourrions faire fonctionner ce plan 365 jours par année. Même la nuit! Avec les retombées économiques, on pourrait enfin financer les artistes de Musicor qui ont tellement souffert des coupures du gouvernement Harper.
Je crois que nous avons ici quelque chose de solide dont les élus municipaux doivent maintenant saisir l’ampleur et en tirer profit au grand bien des habitants de la Métropole du Québec.

26 Aoû 2008
sentiment d’un essai de
gauche universitaire des années soixante-dix
une espèce de couleur caca d’oie
maquette n’est pas du tout conforme au contenu
des vérités qui ne sont pas toujours nouvelles
pas que c‘était la bonne, le bon outil pour dire ces choses là,
c’est une petite ville,
un peu carabin
ça fait très étudiant
très petits étudiants en colère
ça pourrait être écrit dans
un journal étudiant.
petite rage étudiante
on finit par se lasser

peu de solutions
On dénonce sans apporter
un peu déprimant
Moi, ça m’a déprimé
Pas de pistes de solution
pas un discours qui mène au dialogue
ton un peu Radio X
utile à certains égards
la même mauvaise foi
c’est inégal
un projet qui semble étrangement dirigé
tire dans tous les côtés
pas eu l’air d’avoir eu une concertation
ces gens là ont début trentaine
ce n’est pas nouveau comme propos, Geneviève!
25 Aoû 2008
Le dimanche 17 août avait lieu, sur les ondes de la radio d‘État, un débat entourant la sortie du livre Québec, ville dépressionniste. Réunis autour d’une table, au sommet de la tour du Centre-sud et à l’abri de la dissidence, quatre journalistes compétents se sont livrés à une appréciation critique du livre où l’ouverture et le dialogue avaient donné rendez-vous au professionnalisme et à la rigueur. Bien qu’ayant vivement apprécié la hauteur intellectuelle et la profondeur de la lecture que nous ont servie les 4 as de Vous m’en lirez tant, nous devons, en esprits chagrins que nous sommes, revenir sur ce qui a été dit en ondes.
Ils étaient quatre à tenter tant bien que mal de torpiller le livre avec une montagne de sophismes et un océan de clichés. Si l’on disculpe l’animateur frileux qui s’est fait constamment couper la parole, que l’on écarte ensuite la Geneviève St-Germain qui a très bien compris ce procédé lâche qui consiste à qualifier les gens selon une catégorie floue sans jamais expliquer la nature de cette catégorisation (4 occurrences du mot « étudiants » dans la même minute, très fort), et enfin que l’on ignore la troisième laronne, la très lumineuse Caroline Morin, qui a réussi l’exploit pâtissier de voir dans notre livre le ton de CHOI radio X, il ne reste du groupe qu’un seul participant, Nicolas Dickner, connu pour ses interventions dans le très intéressant journal Voir, qui ait dit quelque chose sur le livre… et encore. Sa lecture fut tellement bête qu’elle appela la réponse suivante :
Monsieur,
Au cours d’une émission sur les ondes de Radio-Canada, vous avez tenu des propos sur notre livre Québec, ville dépressionniste, auxquels nous nous devons de réagir. Comme il s’agit d’un ouvrage qui défend des thèses et qui argumente, un « pamphlet » comme vous dites, une critique négative se devrait d’être assez précise et motivée pour justifier sa négativité. Or ce n’est pas votre cas. Il n’y a qu’un seul commentaire que vous faites dont nous comprenions réellement le sens, c’est que notre collectif serait inégal. D’accord : nous ferons mieux la prochaine fois. Mais le reste de votre propos est de la brume londonienne parce qu’il contient trop de non-dits et de présupposés. Il y a peu d’arguments dans votre intervention, mais beaucoup d’idéologie ; et le tout possède un relent de complaisance intellectuelle que nous serions insultés d’avoir financé même s’il ne s’était pas agi de notre livre. Vous et vos petites copines avez osé faire sur les ondes publiques le procès d’un livre argumentatif à coups de sophismes et de platitudes, sans permettre aux auteurs de se défendre ; nous trouvons que c’est un manque de classe injustifiable. Que le procédé soit habituel sur les ondes de Radio-Canada ne change rien à l’affaire.
Dans le cadre d’un débat, les arguments sont conçus pour affecter telle ou telle partie, telle ou telle proportion d’une thèse. Une chose qui n’est pas claire avec les arguments vaseux qui puisent dans le réservoir des lieux communs, c’est la portée dont ils seraient dotés. Ainsi cette affirmation maintes fois répétée à l’effet que notre propos a déjà été tenu est difficile à jauger. Outre son caractère discutable, que signifie cette affirmation, vraiment? Que notre propos est impertinent? Inutile? Moins, plus que cela? Implique-t-on que cela réfuterait les propos du livre d’une manière ou d’une autre? Mais que dites-vous, exactement? Pour ceux qui ne partagent pas votre mentalité de pépère, ce n’est pas intuitivement clair.
Admettons que ce que vous vouliez dire, c’est que notre propos n’est pas pertinent, parce qu’il recycle des choses qui ont déjà été dites. Si on replace votre affirmation dans son contexte et si on se souvient du fait que vous la répétez trois ou quatre fois comme s’il s’agissait d’une vérité révélée, c’est l’hypothèse la plus vraisemblable. En supposant généreusement que vous ayez raison, nous aurions tout de même plusieurs choses à répondre. D’abord, une question : trouvez-vous que les gens ont compris le message? À l’instant même, la gentrification poursuit son oeuvre de destruction dans le « Nouvö St-Roch » ; par ailleurs, le maire Labeaume vient de dézoner l’Église Saint-Vincent-de-Paul de sorte que le promoteur immobilier puisse enfin détruire son embarrassante façade historique et construire son hôtel dépressionniste. Nous dénonçons une réalité actuellement en train de se faire, alors pouvez-vous nous expliquer en quoi le fait que notre propos ne soit pas tout à fait neuf constituerait une objection ? C’est exactement comme si nous disions : « Il faut s’opposer à la libéralisation des marchés financiers car tout marché connaît des irrégularités qui ne peuvent être éliminées que par l’État », et que vous nous répondiez que Keynes a déjà dit cela. Et alors, quelle importance? Si le phénomène que nous dénonçons était disparu, votre objection aurait eu un sens. Mais dans le cas qui nous occupe, elle est complètement creuse. Vous oubliez quelque chose d’important : on fête le 400ème de Québec en ce moment et on essaie de nous faire descendre dans la gorge son caractère merveilleux, comme si on gavait des oies.
Une fête en toc et en plastique, qui se fait dans une atmosphère d’amnésie et de schizophrénie (l’ultime représentant de la British Invasion sur les plaines d’Abraham, il faut le faire quand même), et qui est l’objet d’un consensus écrasant ; nous écrivons un livre où nous prenons le contre-pied systématique de cet événement déprimant, parce que nous aimerions que notre vie collective ait du sens. Libre à vous d’apprécier ou non l’exercice. Mais même en admettant que nous ayons tort, votre objection concernant l’originalité n’est toujours pas pertinente. Vous ne semblez pas comprendre l’intention du livre, ni même sa stratégie marketing de base, qui est pourtant décrite en quatrième de couverture. Étant donné la charge du propos du livre, la masse de données qu’il contient, la densité des thèses qu’il défend, les innombrables arguments qui les appuient, comment pouvez-vous consacrer le sixième de votre intervention à commenter péjorativement la facture du livre? C’est comme si je produisais une thèse universitaire et que les évaluateurs commentaient la couleur « caca d’oie » du duo-tang dans laquelle elle est insérée. C’est monstrueusement impertinent. En fait, c’est de ce genre de choses dont nous parlons quand nous employons le mot « dépressionnisme ».
Le pouvoir. Voilà quelque chose dont vous ne semblez pas comprendre la nature. Vous avez cette phrase surréaliste : « Les auteurs ne sont pas ouverts au dialogue ». Quelle formidable ineptie! Vraiment, cette connerie n’a pas de fond. À vous entendre, on a l’impression que la société québécoise est une belle grande table de discussion à laquelle tout le monde est convié. Mais expliquez-nous un peu comment il serait possible de dialoguer avec des bulldozers, et nous suivrons à la lettre vos conseils. Nous dénonçons précisément le fait que les grandes orientations de la ville de Québec ont été et sont décidées à huis-clos par l’élite économique de la ville, dans l’intérêt de la classe commerçante, et ce dans l’absence totale de débat et de dialogue. Un maire est allé jusqu’à dire qu’une opposition n’était pas nécessaire à Québec. Puis vous nous reprochez de ne pas être ouverts au dialogue. Vous le dites au cours d’une entreprise de démolition de notre livre sur les ondes publiques, à laquelle nous n’avons pas été conviés. Ça n’a aucun sens. Nous serons charitables : le pouvoir parle par votre bouche, mais vous ne vous en rendez pas compte.
Vous avez cet autre sophisme tonitruant (décidément, vous avez du talent) : ce que nous dénonçons n’est pas propre à Québec. Cette objection est à dormir debout. Nous : « Les Éthiopiens meurent de faim, c’est un scandale ! » Vous : « Oui, mais les Somaliens aussi ! » Ce n’est pas sérieux! Comment osez-vous être aussi soporifique sur les ondes publiques ? Eh oui, nous avons écrit un livre sur Québec, et pas sur Montréal. Mais attendez un peu son 400ème, pour voir. C’est parce que vous pensez avec des boîtes préfabriquées que vous nous situez dans la vieille querelle Canadiens/Nordiques: mais ça n’a aucun rapport. Si vous aviez fait l’effort de nous lire sérieusement, vous auriez compris que nous vomissons équitablement toutes (ou presque toutes) les villes d’Amérique du Nord. C’est à un modèle de développement que nous nous en prenons. Il s’adonne que ce modèle a été appliqué de manière particulièrement rapide, brutale et inintelligente à Québec, et que depuis un an on a le culot d’essayer de nous faire croire que cette ville est une réussite. Une voix discordante dans ce concert d’idioties est une nécessité objective. Vous trouvez que nous chantons faux ? Bravo, vous avez tout compris.
Mais vos réflexions de baby-boomer tardif ne s’arrêtent pas là. À un moment, vous vous surprenez que des gens de trente ans critiquent le passé et ne soient pas tournés vers l’avenir. Nous ne comprenons pas les conditions de possibilité de ce cliché vertigineux, surtout s’il sort de la bouche de quelqu’un qui n’est pas en perte d’autonomie. Êtes-vous sérieusement en train de nous reprocher de ne rien proposer ? On a beau se pincer, on ne rêve pas. Vous avez vraiment dit ça. Mais dans quel monde vivez-vous ? En fait, nous avons des valises pleines de «propositions» : tout ce qui manque, c’est la divinité omnipotente à qui nous pourrions les adresser. Voici ce que nous proposons: une vraie démocratie municipale ; la fin de la domination économique de l’élite québécoise; la destruction complète de la ville de Québec extra-muros et sa reconstruction ex nihilo, d’une manière compatible avec une vie sociale vraiment humaine. Que sommes-nous sensés faire ? Fonder un parti municipal, prendre le pouvoir en l’absence totale de fonds et de contacts, briser la domination de la chambre de commerce, envoyer les citoyens dans des camps de rééducation pour qu’ils commencent enfin à s’intéresser à la politique et à l’esthétique ? Non mais de quoi parlez-vous ???
Notre ton vous déplaît. C’est exactement l’épicentre de votre incompréhension. Encore une fois, vous donnez dans le baby-boomisme le plus crasse. La ouate dans laquelle vous vivez, l’avez-vous aussi dans les oreilles ? Ce ton est à l’image de la situation désespérée et désespérante qu’il dénonce. Une réalité déprimante nous est imposée avec toute la brutalité des faits, avec toute la violence d’une fausse réalité, elle détermine notre subjectivité et la qualité de nos vies d’une manière fondamentale, nous n’en pouvons plus d’écumer de rage dans notre impuissance, et nous crions : « Au secours ». Mais vous ne comprenez pas. « Que disent ces jeunes impertinents ? Mon Dieu, quelle absence de modération ! » Vous êtes complètement à côté de la plaque. Le temps est à la colère : avant de créer les conditions d’un débat rationnel, il faut briser les pseudo-consensus, qui sont le symptôme typique de la domination idéologique. Nous ne pouvons malheureusement pas vous faire faire en 200 pages le chemin qui mène à la compréhension intuitive de l’indignation qui à ce moment de notre histoire, est ce qui manque le plus aux Québécois. Cette nouille trop cuite qui vous sert de collègue n’a pas tort d’y voir quelque chose de « carabin ». Mais encore une fois, c’est une objection grotesque. Vous avez ce présupposé que les étudiants, engloutis dans leurs excès hormonaux, ne comprennent pas vraiment les choses. Nous pensons le contraire. Ce n’est pas toujours le cas, mais leur « manque d’expérience » est souvent compensé par quelque chose d’absolument privilégié : la liberté. Ils ont le temps de réfléchir à autre chose qu’à leur intérêt, ils peuvent lire le journal du début à la fin, et n’ayant pas de position sociale particulière à défendre, il se pourrait fort bien qu’ils voient les choses beaucoup plus objectivement que la masse des travailleurs engloutis dans leur idiosyncrasie par la force des choses. En passant, nous sommes plutôt des professeurs.
Votre « critique » s’en tient à l’épiderme et n’adresse aucun des arguments du livre d’une manière déterminée ; vous vous contentez d’éructer des généralités aussi prévisibles qu’ennuyantes qui s’appliqueraient tout aussi bien à n’importe quel livre qui critique la réalité sociale : nous aurions écrit un livre contre la poutine que ces mêmes objections auraient pu s’appliquer. Cela n’indique pas leur force, mais leur faiblesse. Aux oreilles d’un auditeur distrait, vous semblez nous torpiller ; à des oreilles qui savent entendre, vous vous discréditez vous-même : ce n’est pas une critique, c’est de la complaisance. De l’idéologie. Votre insupportable paternalisme est une manifestation objective du pouvoir et rien d’autre. C’est VOTRE ton qui est inacceptable ; votre autosatisfaction est totalement indigne d’une institution qui se prétend le sanctuaire de l’intelligence et de la culture au Québec. En ce qui nous concerne, cela fortifie une de nos certitudes : Delenda Radio-Granada.
La Conspiration Dépressionniste.
P.S. À notre tour d’être cheaps. Nous le disons très sérieusement : nous n’aurions pas réagi si vivement si vos objections n’avaient pas été enrobées par votre accent nasillard et affecté qu’on dirait sorti d’un film des années soixante; pendant un moment, on avait l’impression que Pierre Lapointe était devenu critique littéraire. « Dans la forêt des mal-aimés, ç’a déjà été dit Geneviève » : vraiment, pour des oreilles sensibles, le comble de l’horreur. Sur notre échelle ouache/wow, vous établissez un nouveau standard.