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Cher ami · 6.06.03


Cher ami, cher frère,

En somme je m’ennuie.

Je suis un peu perdu entre la déraison et son arbitraire.

Le monde est fuyant devant mes pas. C’est tout à fait normal d’enjamber les craques du trottoir à vive allure. Au bout de la rue, elles ont dépassé le marcheur.

Je suis un décraqué.

J’ai toujours voulu être un poète, un écrivain, un philosophe ou autre homme qui porte des plumes. Mais comme mes copains, et ceux de ma race de prolo, je ne suis qu’une suite d‘événements amalgamés dans la suite logique des chances ou des catastrophes.

Frère de race ou de classes ? Fuck you !

Nous crevons tous de voir se défaire la face du monde dans un spectacle de plus en plus véritable. L’heure du tic tac de la représentation pourrait bien être celui du compte à rebours sur lequel nous sommes tous assis, collectivement, chacun une fesse prête à quitter le navire comme des rats qui n’auraient pas été au courant du poison qu’on leur avait servi et qu’ils avaient eux-mêmes aidé à préparer.

Je suis visiblement un non-sujet comme ceux de mon espèce de chien. Chiens galeux, sans couilles ni foi. Prêt, comme tous mes frères de lanternes à troquer viande et vin pour un bout de voyage au bout de mon autoroute de bonheur de résine de synthèse.

J’ai une piscine dans la tête. Une grosse piscine Hors Terre de Boucherville qui noie tout possible discours trublion d’effexors. Sur terre ou pas, c’est : «Va-tu te taire !» que me crient les salopards qui nous servent tous d‘éducateurs dans la ronde panoptique de la répression disciplinaire.

Grâce à eux, je me médiocrise.

En fait, en plus de ma médiocrité, je ne suis qu’un suiveux senteux.

Je respire le réchauffé dans la casserole des avant-gardes toujours avide de senteurs hybrides.

Reste-il les mots ?

Pourquoi j‘écris avec le si peu de talent qui m’est donné ?

C’est simplement pour cracher le plus vert des morviats à la gueule de tous les surmois intempestifs.

Je hais vos voitures en béton, votre travail autoroutant, les voies paralysantes qui mènent au bonheur des occasions manquées. On coupe des arbres pour lire les senteurs de moufettes suries. Le vieux vieillit mal dans la chaumière des parvenus.

Pourquoi je perds mon temps à signaler l‘évident déclin des bites molles de nos sociétés modernes ?

Peut-être parce qu’ils se croient toujours durs comme la roche, la pierre ou le pavé. J’aimerais dire à ces vieillards que leur lampe de poche est éteinte et que la dureté de leur bite a quitté le contact de leur main le jour où plus aucun pavé ne s’y est jamais plus retrouvé.

J’aime les arbres, rassurez-vous.

J’en épargnerai donc un avec cette lettre. Il n’y aura pas un second abattu pour poursuivre ces balivernes.

Non, le Lundi fera meilleur usage. Pour le reste, rentabilisons l’usage de la foret, qu’on les pende !

Mon frère, j’aurais toujours voulu t’avoir pour t’exprimer comment mon époque de roulants aveugles me désole; à quel point le vide des cités dortoirs m’achèvent ; de quels les cinémas qui projettent l’ennui répétitif fait de moi un philanthrope de la régurgitation. J’aurais aimé t’apprendre à chier sur les verts propriétaires de chien, de char, de chiennes et de niche ; à éjaculer sur les jeunes filles comme jadis on le faisait sur les New Kids; à combattre le Un et le Tout (unit dans la rumeur et la bonne intention) à grands coups de rire bien gras ; à déverser nos flots de libido insultueuse sur la gente calotière dépositaire des lois, des bâtons et des carottes; enfin, tu aurais su comment continuer à respirer dans le marais-cage de la post-modernité.

Mais tu vois mon frère, mon ami, je suis drastiquement seul et tu es un des seuls sur qui je peux compter pour écouter mon solipsisme.

Je suis patient.

Je t’attendrai, compagnon des ames-en-bourriques.

Et quand tu seras la, toi et tes chums de brasse, nous irons ensemble pisser sur les orties du consensus jusqu‘à plus goutte.
Ce jour là, celui qui précède éternellement le jour J, sera le début de l’antagoniste hédoniste.

D’ici là, chaque orifice que j’emplis comble ton absence.





 
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